Blanc-Dumont à l'heure américaine
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Extase: Est-ce que vous
participez à l'élaboration du scénario avec Laurence HARLE pour la série CARTLAND ? Blanc-Dumont: Laurence et moi, on est très différent mais on a des vues proches. On sait ce que l'on a envie de mettre dans la série. On a des personnalités et des sensibilités assez lointaines mais je crois que c'est nécessaire: la preuve avec Charlier et Giraud, Herman et Greg. Je crois qu'il faut être complémentaire. Par contre ce qu'il faut, c'est bien être conscient du territoire de l'un et de l'autre et de ce que chacun peut apporter. Personnellement, je n'aime pas les effets de mode. J'aime bien les choses qui se posent sur le long terme car on voit évoluer son travail. Cela vient probablement de ma formation d'artisan. Je me suis toujours foutu de la mode, j'ai continuellement fait ce qui me plaisait. Dès le départ de Cartland, je ne voulais pas travailler avec un professionnel. Je préférais travailler avec quelqu'un de neuf qui amène l'originalité. Laurence apporte tout cela; ce qui la différencie c'est son approche très profonde de la psychologie des personnages. J'interviens peu dans son scénario. Le point de départ commun de la série était que l'on voulait rendre plus réaliste et plus authentique la vie dans l'Ouest américain ainsi que la vie des indiens. |
Ext: En plus vous y avez ajouté une
dimension fantastique ?
B-D: Là aussi, cela s'est déterminé assez rapidement. En fait,
c'est un univers qui peut nous paraître fantastique, à nous, occidentaux, mais qui
est l'univers quotidien des indiens.
Ext: Mais vous vous rattachez réellement
à des légendes indiennes pour vos intrigues ?
B-D: Oui, bien sûr. Tout est authentique, sauf la toponymie.
Ext: Avez vous fait des repérages au Etats
Unis ?
B-D: Lorsque j'ai dessiné le premier album de la série, je ne
connaissais pas encore les Etats Unis. Je me rappelle que lorsque j'avais montré mes
planches à Mézières, qui a été cow-boy dans des ranchs avec Christin (si, si !), il
m'avait dit que c'était bien mais que je n'avais pas vu l'Ouest américain, car ça
manquait d'espace. D'ailleurs quoiqu'on fasse, l'idéal est d'aller sur les lieux
pour faire des repérages.
Ext: Vous n'avez jamais voulu faire voyager
Colby ou Cartland hors des Etats Unis, en Europe par exemple ?
B-D: Plus tard peut être. C'est possible car ce sont des
personnages assez ouverts.
| Ext: Pourquoi Cartland a-t-il
toujours des problèmes avec les femmes ? B-D: Ah oui! Il y a des cas spéciaux! Laurence fait de toute façon des femmes qui ne sont pas des personnages standards. La première femme que Cartland ait aimée est morte (cf. Tome 1) - Emily (cf. Silver Canyon). Il l'aime et on pense la faire revenir dans une future histoire. De toute façon, de nombreux personnages de cette série sont au bord de la folie. Mais j'aime bien dessiner ces personnages hors normes. Ext: La série fête cette année son
vingtième anniversaire, avez-vous encore envie de la poursuivre ? B-D: Pour moi, il est impossible de l'arrêter car Cartland est tellement vivant qu'il est devenu très proche de nous, comme un membre de la famille. En plus, on sait beaucoup de choses sur lui. Il y a tellement de fils lancés dans toutes les directions qu'il y aura toujours moyen de repartir sur une nouvelle idée de scénario. |
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Ext: Est-ce vrai que Giraud vous a demandé
de dessiner Blueberry ?
B-D: Il voulait proposer du Blueberry à tous ceux qui
dessinaient du Western, par exemple Hermann ou moi...C'était un scénario de Blueberry
très fantastique, très Moebius. Et moi je lui ai dit que c'était à lui de le dessiner
parce qu'on voyait tellement son dessin sur le script que c'était impossible pour
moi de travailler dessus. Mais à Angoulême, cette année, il m'a avoué qu'il le
dessinerait lui-même.
Ext: Maintenant vous travaillez aussi avec
Greg pour la série Colby. Comment s'est effectuée votre rencontre ?
B-D: Par Dargaud, on s'est rencontré, on a sympathisé et c'est
parti comme ça...
Ext: Il paraît qu'il est très directif
dans son scénario.
B-D: Laurence Harlé et Greg sont deux scénaristes qui ont une
très grande rigueur. Ca ne me gène pas, car même si leur scénario a l'air très
pointilleux, les choses ne sont pas imposées. En fait, ça m'aide car je peux visualiser
ce qu'ils attendent de moi. Plus c'est précis, moins j'ai l'impression de trahir
leurs scénarios.
Ext: Greg, dans Sapristi, a émis
des critiques quant à votre style, notamment dans les scènes d'action. Qu'en pensez vous
?
B-D: Mais les scénarios de Colby ne sont pas non plus très
dynamiques ou physiques car ils évoluent au rythme de l'enquête. Greg adore lancer
des piques, c'est sa façon d'aimer!
Ext: La naissance d'une série comme Colby
nécessite une importante recherche de documentation ?
B-D: Oui mais j'aime ce travail, être confronté à de nouvelles choses. D'autant plus que l'univers de Colby est une mine qui évolue dans une époque trouble de l'après guerre mondiale.
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Ext: Etes-vous autant attaché aux
personnages de cette série qu'à ceux de Cartland
? B-D: Oui, bien sûr ! Je préfère personnellement
Colby, Greg lui, c'est surtout Warsow car il trouve que je l'ai bien en main .
Greg est un grand dialoguiste et je me régale en lisant ses scénarios. Je vois bien
qu'il est très à l'aise avec Warsow. Taxi, c'est le plus jeune... ce sera lui qui
partira plus facilement avec le rock'n roll quand cela arrivera. Ext: Quelle est l'évolution prévue pour
la série ? B-D: Comme je l'ai dit, cela se passe après la seconde guerre mondiale donc dans une période trouble, ce qui est bien puisque très riche en mystères et événements. On ne fera pas évoluer la série trop rapidement dans le temps; sinon on va les retrouver très vite en baba-cools (rires). Ext: Quel est le thème du tome 3 de la
série Colby, "Bombardiers pour Mexico" ? B-D: Au départ, l'agence Blue Sky est appelée sur un tournage de film où ils sont des aviateurs, ou plus exactement des doublures d'acteurs, puis il va y avoir une intrigue au cours du tournage. Cet album sera certainement plus physique, alors que le deuxième avait une intrigue très forte. |
Ext: Comment a été perçue cette série ?
B-D: Soit les gens aiment bien, soit le thème leur plaît moins. Mais les chiffres des ventes sont plutôt bons. Le deuxième a fait aussi bien que le premier, environ 40 000 albums vendus. C'est un peu moins que Cartland qui tourne à
50 000 exemplaires par tome.
Ext: Maintenant vous
faites partie des auteurs connus et donc "à cote". Qu'en pensez-vous ?
B-D: c'est affreux ce truc là. Quand je vois qu'Air Afrique 1 est coté je suis un peu chagriné car je n'ai pas aimé ce travail, seule la couverture était convenable.
Ext: Vous faites beaucoup d'illustrations
en dehors de la série ?
B-D: Oui souvent. Je ne travaille qu'à la commande. Mais ma
priorité c'est la B.D., L'illustration me prend beaucoup plus de temps.
Ext: Est-ce que, comme la majorité de vos
confrères vous êtes souvent en retard dans vos travaux de B.D.?
B-D: Toujours, comme tous ou presque, je finis toujours les
albums sous la pression; mais je fais tout mon possible pour que cela ne se
ressente pas dans le dessin. C'est même assez stimulant pour la création graphique, ça
donne de l'énergie.
Ext: Est-ce que ça vous plairait de faire
partie d'une nouvelle équipe qui lancerait un mensuel exclusivement consacré à la B.D.
?
B-D: Je signe tout de suite. Je ne conçois pas la B.D.
autrement. En effet le périodique lui donne un supplément d'âme,
c'est ce qui la rend vivante. On le constate aujourd'hui, avec les problèmes que
rencontrent les jeunes avec la sortie de leur premier album. Ils sont mûrs pour une
dizaine de pages, mais rarement tout de suite pour 40 pages.
Ext: Mais alors que l'attrait pour la B.D.
est de plus en plus grand, elle n'a pas de support de presse. Ne trouvez vous pas cela
paradoxal ?
B-D: Exactement, c'est très curieux.
Ext: Vous vous prêtez facilement au jeu
des festivals ?
B-D: Oui, c'est la dernière partie vivante que l'on a avec
les lecteurs. Mais je reconnais que cela demande beaucoup d'énergie. Je ne ferais
jamais comme certains qui ne vont plus dans les festivals... mais on ne peut pas tout
faire. En ce moment je pars tous les week-ends depuis janvier !
Ext: Vous avez beaucoup de monde lors de
vos séances de dédicaces ?
B-D: Oui, j'ai un public fidèle, même si mes albums ne
paraissent en moyenne que tous les 3 ans. Mais c'est ce qui m'épuise aussi, car je
suis incapable de refuser de faire une dédicace. Il y a des auteurs qui s'en vont
alors qu'il y a encore une dizaine de personnes qui attendent ! Moi je ne peux pas.
Ext: Comment votre femme est-elle devenue
votre coloriste ?
B-D: Le coloriste de Cartland m'a quitté en cours de route d'un album et je me suis retrouvé à faire la couleur; et elle m'a aidé. Elle a le sens de l'harmonie des couleurs et c'est l'essentiel. J'en parlais d'ailleurs avec G. Chaillet (l'auteur de Vasco, éditions du Lombard) pour qui c'est la même chose. En plus c'est pratique car elle vit comme moi les séries, elle les voit évoluer.
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Ext: D'où vient votre passion du cheval,
que l'on retrouve dans la majeure partie de vos travaux ?
B-D: J'en possède quelques uns. On peut plutôt dire d'où vient
la passion de la B.D.. Car je l'avais avant la passion du cheval. C'est en allant tout
simplement faire une randonnée avec un copain dans le Périgord que l'on a trouvé
quelqu'un d'extraordinaire qui nous a transmis sa passion. Mais c'est également pour des
raisons esthétiques, de formation. Car quand j'ai appris à dessiner, les premières
choses que j'ai étudiées sont l'anatomie humaine puis celle du cheval. Je fais
beaucoup d'illustrations et d'affiches sur le thème des chevaux, à l'extrême,
j'aimerais bien réaliser une histoire où ils seraient encore plus présents.
1 : "Si Air Afrique
m'était conté" : Album publicitaire de 24 pages réalisé pour la compagnie du
même nom, par Blanc-Dumont en 1980. retour à l'intreview
Interview réalisée par R.Dreesens copyright EXTASE 1995