C. Cailleaux à l'heure de l'afrique
Christian Cailleaux est un jeune dans la BD. Nous l'avons interviewé pour vous afin que vous puissiez vous rendre compte du travail qu'il faut fournir pour réaliser de bonnes BD.
RD:
Pourquoi avoir fait ton service militaire dans la corporation?
CC:
Cela répondait à une longue attente: celle d'aller en Afrique. L'échéance du service nationale devait tomber et je ne suis pas particulièrement handicapé, je suis sain de corps et d'esprit. Cela me semblait important d'utiliser les impôts que je payais déjà depuis quelques années. La corporation me semblait être la seule forme intéressante du service national, je ne me voyais pas aller 12 mois en caserne, il n'en était pas question.
RD:
Apparemment ce séjour prolongé en Afrique t'a marqué, quelles en ont été les causes?
CC:
La qualité et le rythme de la vie. Je travaillais depuis deux ans et demi dans la pub et j'avais un peu l'impression de perdre mon âme (rires). Quand je suis arrivé en Afrique, j'ai trouvé des réponses à mes préoccupations. Mais en Afrique, j'avais emmené mon matos de dessin et je me suis mis aussi sec à dessiner des choses personnelles: celles qu'on a plus le courage de faire quand on a bossé 10 heures par jour sur des travaux de pub. Mais c'est sans concession, c'est pour soi. Cela s'est fait en Afrique mais ça aurait pu avoir lieu ailleurs, en Asie par exemple.
RD:
Dans ta bande dessinée, on trouve le gecko blanc, qu'est-ce que cet animal?
CC:
Le gecko blanc existe réellement, c'est une sorte de petit lézard. tu vois quand ils sont bébés ils sont translucides avec des yeux noirs, ils sont partout, dans toutes les maisons. ils bouffent un peu tout ce qu'ils trouvent: moustiques, mouches... adultes ils mesurent 5 à 6 cm mais ils sont totalement inoffensifs.
RD:
Mais pourquoi avoir choisi cet animal comme titre de ton album?
CC:
Il représente l'Afrique quelquepart car ici on est pas habitué à en voir. On l'a choisi aussi parce que ça aurait fait rire un Africain: ce n'est pas un animal très noble.
RD:
Est-ce l'on peut dire qu'Arthur Blanc-nègre te ressemble?
CC (en riant):
Tout le monde me le dit en tout cas. Physiquement en tout cas. Mais il paraît que c'est un défaut de jeunesse de se dessiner.
RD:
Mais mentalement?
CC:
C'est le scénariste qui a tracé son caractère et non moi.
RD:
Bonne réponse. un à zéro.
CC:
Bernard avait déjà écrit le Synopsis avant qu'on se rencontre, l'action se passait au Bénin et moi je revenais du Congo alors on a transposé l'action là bas.
RD:
Mais on peut trouver le personnage naïf et proche des gens.
CC:
Je vois ce que tu veux dire et je suis content que tu dises cela (rires). C'est dur de juger son propre boulot, on ne peut pas savoir si l'on y est bien arrivé. Les avis sur cet album sont partagés: il y en a qui me disent qu'il ne se passe rien dedans. Mais Arthur c'est finalement un pauvre type qui se trouve embarqué dans des trucs pas possibles: ce n'est pas un héros. Le personnage lui-même reste à découvrir, Bernard et moi sommes en train de le chercher et nous ne tenons pas à refaire un tintin au Congo. On n'a pas voulu en dire trop au départ. Avec le deuxième album, il va encore évoluer.
RD:
Ah oui! Quelle sera la suite de l'album?
CC:
Ce sera plus dynamique mais avec les mêmes personnages même s'il y en a certains qui disparaissent comme Patrice. On découvrira notamment une fille qui va devenir la petite amie d'Arthur. Mais de toute façon le deuxième tome sera beaucoup mieux en tout.
RD:
Est-ce qu'il va sortir de Brazzaville si tu dis qu'il y aura plus d'aventure.
CC:
Non non, il y reste car l'action va coller à l'actualité.
RD:
Encore un dernier truc sur Arthur. son nom est ironique, n'est-ce pas?
CC:
Forcément. on peut d'ailleurs trouver plusieurs explications:
- ça sonne bien.
- le sens lui même montre qu'il est blanc mais qu'il est très proche de l'Afrique, on peut dire qu'il est en partie noire.
- le mot nègre c'est de la provocation et on sait bien que cela fait vendre.
RD:
Pourquoi tu ne t'es pas chargé toi-même de la couleur?
CC:
J'y ai participé dans la mesure où j'ai fait 3 ou 4 planches qui ont servies de repérage pour les coloristes. Mais ils ont fait la totalité de l'album. Pourquoi? Des remarques?
RD:
On peut te traiter de fainéant.
CC:
Exact, mais la couleur c'est vraiment particulier et je me suis rendu compte que c'était un boulot énorme (rires), il fallait une grande maturité. Cependant, je vais peut-être faire la couleur pour le prochain. Je suis content de ce qu'ont fait les coloristes mais j'aurais pas fait cela de la même manière. Parce que c'est un pays, des événements qui sont chargés d'odeurs, de souvenirs, etc... Disons qu'en plus si je ne suis pas satisfait, je ne pourrais m'en prendre qu'à moi.
RD:
La génération DARGAUD a pour but de lancer des jeunes dessinateurs sur le marché en publiant 3 BD en compagnie d'un scénariste expérimenté. Comment as-tu été sélectionné?
CC:
C'est une histoire de hasard. Bernard avait déjà déposé des scénari et il fallait un dessinateur inspiré par l'Afrique. C'est après l'avoir rencontré que nous avons travaillé ensemble. On s'est fait accepter et maintenant on attend de voir.
RD:
Mais tu viens de l'illustration et ça ne t'intéresserait pas de faire des illustrations pour un roman
CC:
Tu parles de la collection Gallimard-futuropolis, pour moi c'est le top! Mais pour l'instant, je crois que les deux ne sont pas incompatibles.
RD:
A ce propos C. Cailleaux vient de sortir un très beau cahier d'illustrations qu'il vend 100 F. Si cela vous intéresse, contactez-nous. Sinon, le gecko blanc tome 1 des aventures d'Arthur Blanc-nègre est parue chez génération DARGAUD au prix de 52 F.
Retrouvez "Christian Cailleaux: La confirmation" interview réalisée à l'occasion de la sortie de son 2ème album dans le numéro 8 d'Extase...
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